Le palmarès des Éclats du Chocolat 2026 a été dévoilé le 28 octobre au Salon du Chocolat et de la Pâtisserie, à Paris. Terre de Fèves, MonChoco, Fleurs de Chocolats, Sokola et Rosita Chocolat se partagent les six distinctions. Au-delà des recettes primées, cette sélection met en avant plusieurs tendances de fond : fabrication bean-to-bar, traçabilité des fèves, transformation dans les pays producteurs et recherche de nouvelles associations aromatiques.
Organisé pour la deuxième année en partenariat avec les Galeries Lafayette Le Gourmet, le concours était réservé aux exposants du Salon du Chocolat 2026. Les produits ont été évalués par un jury présidé par Yannick Alléno, selon des critères gustatifs, techniques, créatifs et commerciaux.
Terre de Fèves doublement récompensée
La chocolaterie Terre de Fèves remporte le prix de la meilleure tablette bean-to-bar avec sa tablette Salvador, composée de chocolat noir à 75 % de cacao. La maison reçoit également le coup de cœur du jury pour l’ensemble de sa gamme.
Fondée en 2020 et installée à Vannes, dans le Morbihan, Terre de Fèves réalise elle-même les différentes étapes de transformation du cacao. Les fèves sont torréfiées, concassées, vannées, broyées, tempérées puis moulées dans son atelier.
Cette maîtrise complète correspond au principe du bean-to-bar, littéralement « de la fève à la tablette ». Contrairement à un chocolatier travaillant à partir d’une couverture déjà préparée, le fabricant sélectionne les fèves et intervient sur l’ensemble de leur transformation. Il peut ainsi adapter la torréfaction et le broyage à l’origine du cacao et au profil aromatique recherché.
La tablette Salvador 75 % repose sur une recette courte, composée de fèves de cacao et de sucre de canne. Elle ne contient, selon la présentation du produit par l’organisateur, ni beurre de cacao ajouté ni additif. Ce choix place le goût de la fève au centre de la dégustation.
MonChoco distinguée pour sa transformation en Côte d’Ivoire
Le prix de l’engagement et de l’éthique a été attribué à MonChoco pour sa tablette Mangue. Installée à Abidjan, la maison transforme le cacao en Côte d’Ivoire, au plus près de son lieu de production.
Sa tablette associe un chocolat cru à 70 % de cacao et des morceaux de mangue. Les fèves ne sont pas torréfiées, ce qui distingue ce produit de la majorité des chocolats. Elles sont séchées au soleil puis travaillées dans l’atelier ivoirien.
La récompense attire surtout l’attention sur la localisation de la transformation. Une grande partie du cacao mondial est exportée sous forme de fèves avant d’être transformée dans les pays consommateurs. Produire du chocolat en Côte d’Ivoire permet de conserver sur place une part plus importante du travail et de la valeur ajoutée.
Le prix prend également en compte l’origine des matières premières et leur traçabilité. D’après la présentation du palmarès, MonChoco utilise des ingrédients provenant de plantations biologiques et équitables de Côte d’Ivoire.
L’enfleurage du romarin récompensé pour sa créativité
Fleurs de Chocolats obtient le prix de la créativité avec une tablette de chocolat blanc à 45 % parfumée à la fleur de romarin. La maison, créée en 2021 par Elwood Bouazza, s’appuie sur une méthode inspirée de l’enfleurage utilisé en parfumerie.
Le principe consiste à mettre les fleurs au contact d’une matière grasse afin que celle-ci absorbe progressivement leurs composés aromatiques. Appliquée au chocolat, cette technique permet de transmettre le parfum de la fleur sans nécessairement utiliser un arôme liquide ou une forte quantité de matière végétale.
L’association avec le romarin cherche à équilibrer la douceur du chocolat blanc par des notes végétales et légèrement résineuses. La distinction montre que l’innovation en chocolaterie ne passe pas uniquement par des formes spectaculaires. Elle peut aussi venir d’un travail précis sur l’extraction et la diffusion des arômes.
Sokola remporte le prix de la tablette gourmande
Le prix de la tablette gourmande revient à Sokola pour sa création baptisée Passionnante. La chocolaterie de Gaël Jacob, installée à Lescheraines, en Savoie, associe ici chocolat au lait, fruit de la passion et gingembre.
Cette catégorie récompense une tablette fourrée ou enrichie d’inclusions, jugée sur l’équilibre de ses saveurs et de ses textures. Dans la recette de Sokola, l’acidité du fruit de la passion et la chaleur du gingembre viennent répondre à la douceur du chocolat au lait.
Le prix illustre la place croissante des tablettes dites gourmandes dans l’offre des artisans. Plus élaborées qu’une tablette classique, elles permettent de travailler plusieurs textures et de proposer des associations proches de celles d’un bonbon de chocolat ou d’un dessert.
Rosita Chocolat reçoit le prix Espoir
Le prix Espoir, destiné à mettre en avant une jeune marque, a été remis à Rosita Chocolat. Ouverte en 2025 près de Tours, la manufacture a présenté Opita, une tablette noire à 75 % élaborée avec un cacao de la région de Huila, en Colombie.
Rosita Chocolat travaille également selon le modèle bean-to-bar. La maison indique sélectionner ses fèves auprès de fermes et de coopératives engagées dans l’agroforesterie, l’agriculture biologique ou des cultures sans pesticides.
Les fèves utilisées pour la tablette Opita sont, selon la présentation du concours, transportées à la voile. Ce mode d’acheminement vise à réduire l’empreinte du transport maritime. Il ne résume pas à lui seul l’impact environnemental d’un chocolat, qui dépend aussi de la culture, de la transformation, de l’emballage et de la distribution, mais il traduit une recherche de cohérence sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
Un concours qui dépasse la seule dégustation
Les Éclats du Chocolat ne reposent pas uniquement sur le goût. Le règlement prévoit sept grandes familles de critères : qualité gustative, maîtrise technique, originalité, cohérence globale du produit, présentation, démarche responsable et potentiel commercial.
Cette dernière dimension distingue ce concours d’une dégustation strictement technique. Les créations doivent aussi disposer d’une identité lisible et pouvoir trouver leur place sur le marché. Les lauréats pourront bénéficier d’un référencement ponctuel aux Galeries Lafayette Le Gourmet au printemps 2027.
Le palmarès 2026 dessine ainsi un chocolat artisanal où l’origine des fèves et les méthodes de fabrication occupent une place grandissante. Le bean-to-bar est particulièrement visible, tout comme la recherche d’ingrédients traçables et de chaînes d’approvisionnement mieux maîtrisées.
Les récompenses accordées à l’enfleurage, au chocolat transformé en Côte d’Ivoire ou au transport à la voile montrent toutefois des approches très différentes. Il n’existe pas un seul modèle du chocolat artisanal contemporain, mais plusieurs manières de travailler le goût, l’origine et la responsabilité.